Les dons de bienfaisance au Canada sont à la croisée des chemins. Selon Statistique Canada, moins de Canadiens que jamais font des dons à des organismes de bienfaisance. L’année dernière a enregistré le plus faible nombre de donateurs canadiens (17,1 % des Canadiens) depuis 2002. De plus, le montant total des dons a diminué pour la première fois depuis 2016. Les Canadiens ont la réputation d’être généreux et de venir en aide aux autres. Notre comportement prosocial fait notre fierté. Cette tendance dans les dons de bienfaisance ne reflète pas notre réputation.
Cela ne veut pas dire que les Canadiens ne mettent plus la main à la poche pour soutenir les organismes de bienfaisance. Ils le font, même dans les temps difficiles que nous traversons sur le plan financier. Toutefois, les données montrent une baisse générale des dons et du nombre de donateurs. En même temps, de plus en plus de Canadiens comptent sur les services de bienfaisance pour répondre à leurs besoins quotidiens. Cette demande croissante et la baisse des dons placent les organismes de bienfaisance dans une position difficile. Voyons ce qui cause ce recul et ce que cela signifie pour les Canadiens.
Les facteurs qui contribuent à la baisse des dons
Les pressions économiques
Bien des Canadiens vivent des difficultés financières, ce qui rend les dons de bienfaisance moins envisageables. La hausse du coût de la vie, l’inflation et l’endettement personnel croissant ont poussé le budget des Canadiens à la limite, ce qui laisse moins de place pour envisager de donner à des organismes de bienfaisance. Les séquelles de la pandémie de COVID-19 n’ont fait qu’empirer les choses. Malgré des mesures d’aide comme les services de garde à 10 $ par jour et la baisse des prix des télécommunications, bien des Canadiens ont encore du mal à joindre les deux bouts.
Quand la priorité d’une famille est de payer l’essentiel, comme le logement, l’épicerie et les services publics, les dons de bienfaisance passent souvent au second plan. Ajouter une autre dépense à un budget déjà serré suffit à faire monter la pression de n’importe qui, et nous voulons tous rester en bonne santé. Pourtant, même quand ce n’est pas dans notre intérêt immédiat, aider les autres nous fait du bien. C’est pourquoi tant de Canadiens choisissent encore de donner, même dans le contexte économique actuel.
Les changements sociaux et démographiques
L’évolution démographique du Canada pourrait aussi contribuer à la baisse des dons de bienfaisance. Les Canadiens plus âgés sont plus susceptibles de donner régulièrement, car donner est chez eux une habitude de longue date. Cependant, la population canadienne rajeunit, et les jeunes générations ont tendance à aborder le don différemment. Pour bien des milléniaux et des membres de la génération Z, les dons de bienfaisance n’occupent pas une place aussi importante dans leur quotidien que pour leurs parents et leurs grands-parents.
L’appartenance religieuse est un autre facteur important. Historiquement, les Canadiens qui assistent à des services religieux comptent parmi les donateurs les plus généreux. Les personnes qui assistent à des services chaque semaine sont 15 % plus susceptibles de donner à des organismes de bienfaisance. Or, l’appartenance religieuse au Canada ne cesse de diminuer : elle est passée de 90 % en 1985 à seulement 68 % en 2019. Faire le bien, par exemple en donnant, est une pratique que suivent bien des religions. Comme de moins en moins de Canadiens déclarent une appartenance religieuse, la culture du don qui y est associée pourrait aussi s’effriter.
Confiance, transparence et accessibilité
La confiance envers les organismes de bienfaisance est devenue une préoccupation plus importante ces dernières années. Bien des Canadiens hésitent peut-être à donner parce qu’ils ne savent pas trop comment les organismes utilisent leur argent. Avec les grands organismes, on ne sait souvent pas quelle part du don ira aux personnes dans le besoin et quelle part servira aux frais généraux, ce qui alimente la méfiance. Un sondage de 2021 a révélé que moins de la moitié des Canadiens faisaient confiance aux organismes de bienfaisance.
L’essor d’options directes et décentralisées, comme les sites GoFundMe et Kiva, a aussi transformé les dons de bienfaisance. Ces plateformes permettent aux donateurs de donner directement à des personnes ou à des causes, sans passer par les organismes de bienfaisance traditionnels. Bien des Canadiens apprécient ces plateformes pour leur transparence. Les donateurs peuvent voir qui leur argent aide et quelle part du don se rend à destination. Même si cette tendance a des avantages et aide à soutenir des personnes, elle signifie aussi moins de financement pour les organismes établis qui offrent des programmes communautaires à grande échelle.
Les conséquences de la baisse des dons
La pression sur les services de bienfaisance
Même si vous ne comptez pas sur les services de bienfaisance, vous connaissez probablement quelqu’un qui y a recours. Les organismes de bienfaisance offrent un soutien essentiel aux Canadiens vulnérables. Ils contribuent au fonctionnement des banques alimentaires, des refuges, des services de santé mentale et des secours aux sinistrés, entre autres. Certains donnent accès à de l’eau potable et à des services de santé dans les collectivités rurales. Avec moins de dons, bien des organismes ont du mal à répondre à la demande croissante. Si cette tendance se maintient, certains fermeront leurs portes. Cela laissera des trous dans le filet de soutien sur lequel bien des Canadiens comptent dans les moments difficiles.
Les banques alimentaires partout au Canada ont signalé une fréquentation record ces dernières années. Bien des Canadiens ont aussi déclaré avoir dû recourir à une banque alimentaire pour la première fois. Or, sans financement suffisant, les banques alimentaires pourraient ne pas être en mesure de nourrir les personnes dans le besoin. De même, comme l’itinérance devient un problème de plus en plus visible dans bien des villes, les refuges pourraient devoir refuser des gens faute de ressources.
La faim et l’itinérance ne sont que deux des problèmes auxquels s’attaquent les organismes de bienfaisance. Même si ces problèmes ne sont pas toujours visibles, leurs effets sur les collectivités peuvent être profonds.
Les effets sur la collectivité
La baisse des dons touche les personnes qui comptent sur ces services, mais aussi des collectivités entières. Les organismes de bienfaisance comblent les lacunes laissées par les programmes gouvernementaux et offrent des services essentiels qui aident les gens à traverser les périodes difficiles. Quand ces organismes sont en difficulté, le fardeau peut se reporter sur des systèmes publics déjà surchargés. Les organismes de bienfaisance aident à alléger le fardeau des services de santé et des services sociaux, qui seraient encore plus débordés sans eux.
Personne ne prévoit avoir besoin de l’aide d’un organisme de bienfaisance. Quand vous devez compter sur ces organismes, demander de l’aide à quelqu’un d’autre peut être un dur coup pour votre estime de soi et votre fierté. Quand un organisme de bienfaisance est là pour vous aider, c’est comme une main invisible qui se tend pour vous sortir d’un moment sombre. Pour vous donner la chance de vous relever, de vous épousseter et de passer à l’étape suivante sans honte. Imaginez s’il n’y avait plus d’organismes de bienfaisance, faute de financement suffisant pour garder leurs portes ouvertes. Les effets sur nos collectivités seraient généralisés.
De plus, le secteur sans but lucratif occupe une place importante dans l’économie canadienne. Il emploie des centaines de milliers de personnes partout au pays. Une baisse des dons peut entraîner des pertes d’emplois dans ce secteur, ce qui touche encore davantage les économies locales.
Pourquoi donner est important
Les dons de bienfaisance, c’est plus qu’une question d’argent. C’est une façon de soutenir votre collectivité et d’aider les personnes les plus vulnérables. Qu’il s’agisse d’itinérance, de faim ou de santé mentale, les organismes de bienfaisance répondent à des besoins essentiels qui nous touchent tous. Que vous donniez de votre temps ou de l’argent, chaque petit geste compte. Même de petits montants peuvent faire une grande différence lorsqu’ils s’ajoutent aux efforts des autres.
Comment les Canadiens peuvent aider
Même si les défis sont considérables, il existe des façons de soutenir les organismes de bienfaisance, même dans les moments difficiles. Voici quelques gestes simples que les Canadiens peuvent poser pour faire une différence :
- Donnez ce que vous pouvez : même les petits dons s’additionnent. Si vous ne pouvez pas donner d’argent, pensez à donner de la nourriture, des vêtements ou des fournitures scolaires. Vous pouvez aussi mettre vos amis ou votre famille au défi de faire un mois sans dépenses et donner l’argent économisé.
- Donnez de votre temps : bien des organismes de bienfaisance comptent sur des bénévoles pour offrir leurs programmes. Donner de votre temps a souvent autant de valeur qu’une contribution financière.
- Soutenez les causes locales : les petits organismes locaux ont souvent un effet direct sur votre collectivité. Les soutenir peut apporter des changements concrets près de chez vous.
- Profitez des dons jumelés : il arrive que de grandes organisations offrent de jumeler les dons pendant une période précise, jusqu’à un certain montant. Profitez de ces occasions. C’est une bonne façon d’en faire encore plus avec chaque dollar.
- Misez sur la transparence : cherchez des organismes qui publient des rapports financiers détaillés et des bilans d’impact clairs. Bien des organismes améliorent leur transparence pour regagner la confiance des donateurs. Consultez leur plan d’affaires ou leurs communiqués de presse pour en savoir plus.
- Informez-vous et informez les autres : parlez de l’importance des dons de bienfaisance à vos amis et à votre famille. En sensibilisant les gens, vous amènerez plus de personnes à remarquer le problème et, espérons-le, à passer à l’action.
Le mot de la fin
Les dons de bienfaisance au Canada sont à la croisée des chemins, mais la situation n’a pas à rester ainsi. Les Canadiens peuvent aider à renverser la tendance. Vous comprenez maintenant certains des facteurs derrière ce recul. Vous pouvez passer à l’action pour soutenir les organismes de bienfaisance qui rendent nos collectivités plus fortes. Vous pouvez aider en faisant des dons, en faisant du bénévolat ou en passant le mot. Nous avons tous un rôle à jouer pour que les organismes de bienfaisance puissent poursuivre leur travail. Faisons de la générosité une partie de notre quotidien et soutenons les organismes de bienfaisance qui nous aident tous.