Le capitalisme tardif touche différents aspects de notre vie : les choses que nous achetons et possédons, notre vie professionnelle et les publicités que nous voyons. Certaines personnes prédisent même qu’à l’ère postindustrielle, les robots et l’intelligence artificielle joueront un grand rôle. L’expression « capitalisme tardif » réunit l’immense écart de richesse, des absurdités perçues et l’évolution de la commercialisation.
C’est un sujet complexe qui touche une foule de consommateurs, d’entreprises et de gouvernements. Même si le sujet peut sembler sombre et polarisant, cet article vous offre un survol du capitalisme tardif et de son histoire, ainsi que des conseils optimistes sur ce que les consommateurs peuvent y faire.
Qu’est-ce que le capitalisme tardif?
L’expression « capitalisme tardif » gagne en popularité. Elle symbolise la frustration que ressentent les gens face aux inégalités, au rétrécissement de la classe moyenne et à la croissance d’entreprises puissantes.
Au Canada, le capitalisme tardif désigne le système économique et le conflit entre les entreprises axées sur le profit et les gens ordinaires qui tentent de combler leurs besoins humains fondamentaux (comme dans la pyramide des besoins de Maslow). C’est une expression critique qui met en lumière les iniquités des marchés des capitaux d’aujourd’hui.
Quelle est l’histoire du capitalisme tardif?
Dans son article paru dans The Atlantic, Annie Lowrey note que bien des gens croient que l’expression vient de Karl Marx. Pourtant, ce n’était pas un terme de Marx. Ce sont plutôt des penseurs marxistes qui l’ont inventé pour décrire les économies industrialisées qu’ils observaient. Le capitalisme tardif correspondait à une période économique allant de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au début des années 1970. À cette époque, les entreprises internationales ont pris de l’expansion, et on craignait que l’automatisation et la stagnation des salaires rendent les travailleurs mécontents.
Le terme est apparu au tournant du XXe siècle sous la plume de Werner Sombart, économiste originaire d’Allemagne. Plus tard, dans les années 1970, l’économiste marxiste belge Ernest Mandel en a parlé dans son livre Le troisième âge du capitalisme. Puis Fredric Jameson, de l’Université Duke, a fait connaître l’expression à un public plus large de théoriciens et d’universitaires.
On y voit des ressemblances avec l’Âge doré (Gilded Age), qui s’étend des années 1870 au début des années 1900. Pendant cette période, les États-Unis ont connu une croissance économique et une industrialisation rapides, qui ont permis d’accumuler d’importantes richesses. Les chemins de fer prenaient de l’expansion, et les travailleurs déménageaient dans les villes industrielles pour trouver du travail. Pourtant, la classe ouvrière vivait dans une pauvreté extrême, alors qu’un petit groupe était très riche. Il y a même eu des grèves pour obtenir de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires.
La crise financière de 2008-2009 a mis en lumière les inégalités de richesse. Des mouvements comme Occupy Wall Street ont vu le jour. De plus, l’effondrement du marché immobilier a déclenché une crise bancaire aux États-Unis et entraîné des sauvetages massifs partout dans le monde.
Pourquoi le capitalisme tardif apparaît-il?
D’abord, revenons au concept de base du capitalisme. C’est un système économique dans lequel des particuliers ou des entreprises privées possèdent les outils, les ressources et les moyens de production qui servent à produire des biens et des services. Dans une économie capitaliste, l’offre et la demande influencent les prix, la quantité de biens produits et la façon dont les ressources sont réparties.
Le capitalisme tardif découle du fonctionnement du libre marché. Dans un libre marché, acheteurs et vendeurs peuvent faire des échanges sans intervention gouvernementale. Les entreprises privées sont donc incitées à maximiser leurs profits, à réduire leurs coûts et à limiter les hausses de salaire. Peu à peu, cela mène à des monopoles et à des fusions, à de grands écarts de richesse et à la commercialisation. Les entreprises riches dépensent de l’argent pour faire pression sur les gouvernements afin qu’ils allègent la réglementation ou réduisent les impôts.
Des produits et services essentiels du quotidien, comme l’eau embouteillée, un logement de base ou les soins de santé, sont devenus coûteux, voire des luxes. Pensons aussi à l’absurdité de voir des gens recourir au sociofinancement pour payer leurs frais médicaux pendant que des entreprises affichent des profits records. Certaines personnes y voient donc des entreprises qui profitent des besoins humains fondamentaux.
Quels sont les principaux signes du capitalisme tardif?
Sur les réseaux sociaux, les membres de la génération Z et les milléniaux parlent des inégalités et des indignités imposées par les entreprises qu’ils constatent au quotidien. On le ressent dans les écarts de richesse et dans le recours croissant à l’emprunt pour payer l’essentiel. On le voit aussi chez les personnes qui font du travail à la demande sans avantages sociaux, et dans les salaires qui ne suivent pas l’inflation.
Le capitalisme néglige les répercussions environnementales, dont les changements climatiques et la pollution. À court terme, les entreprises peuvent fabriquer des biens à moindre coût et les distribuer plus largement. Par contre, cela peut épuiser les ressources naturelles de la planète. La culture de consommation et la surconsommation jouent un grand rôle dans l’achat de biens non essentiels qui finissent dans les sites d’enfouissement.
Quels événements actuels illustrent le capitalisme tardif?
Au Canada, le logement est devenu une marchandise qui sert à accumuler de la richesse plutôt qu’à servir le bien commun. De plus, une personne sur quatre au Canada vit en situation d’insécurité alimentaire. Et 19 % des personnes qui ont recours aux banques alimentaires ont un emploi. Cela montre à quel point il est difficile pour les Canadiens d’assumer les dépenses de la vie courante.
L’économie à la demande en est un autre exemple. Comme bien des Canadiens comptent sur le travail à la demande (par exemple en conduisant pour une appli de transport ou en livrant des repas) pour obtenir un revenu d’appoint, des entreprises classent ces travailleurs comme des entrepreneurs indépendants pour éviter de payer le salaire minimum, les avantages sociaux et les heures supplémentaires. En général, ces travailleurs n’ont pas droit aux prestations régulières d’assurance-emploi (AE), et ils doivent verser eux-mêmes la part de l’employé et celle de l’employeur de leurs cotisations au Régime de pensions du Canada (RPC). Toutefois, l’Ontario et la Colombie-Britannique ont modifié leurs lois sur l’emploi pour protéger ces travailleurs.
Sur le plan des politiques publiques, le gouvernement canadien a adopté le projet de loi sur l’unité de l’économie canadienne (projet de loi C-5) le 26 juin 2025 pour renforcer notre économie politique. Ce projet de loi visait à éliminer les obstacles au commerce entre nos provinces. Sur le plan politique, vu la récente guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada, cette loi peut aider à accélérer les grands projets d’infrastructure (comme les mines, les réseaux électriques et les pipelines) au pays. Par contre, certaines voix critiques pourraient y voir une manifestation du capitalisme tardif. C’est qu’on y voit une façon de privilégier la rentabilité des entreprises au détriment de l’environnement et des droits des peuples autochtones.
Comment composer avec le capitalisme tardif
Il y a de l’espoir, et nous pouvons agir au quotidien pour améliorer notre société et notre bien-être. Voici quelques conseils utiles pour composer avec le capitalisme tardif :
- Ne laissez pas la paralysie financière prendre le contrôle de votre vie. Informez-vous en lisant des ressources financières.
- Misez sur le capital social en vous joignant à des communautés et à des groupes de soutien locaux.
- Réévaluez ce que la richesse signifie pour vous. Découvrez ce qui vous apporte vraiment de la joie.
- Comprenez les tactiques de marketing qu’utilisent les entreprises pour vous inciter à dépenser votre argent.
- Limitez les tentations d’acheter des biens non essentiels.
- Faites de l’activisme financier. Commencez par faire des choix éthiques lorsque vous achetez des produits ou des services.
- Relevez le défi Buy Nothing (« n’achetez rien ») pour aider à réduire le gaspillage et encourager l’économie circulaire.
- Évitez de surconsommer ou de recourir au magasinage thérapeutique pour gérer le stress.
- Créez un fonds de prévoyance pour les dépenses prévues, à même votre compte d’épargne. Les taxes foncières, les réparations d’auto et les vacances en sont des exemples courants.
- Faites attention à l’indication de prix partiel qu’utilisent certaines entreprises, par exemple pour les billets de spectacle et les forfaits de cellulaire.
Avec la hausse du prix des biens de tous les jours et des salaires qui ne suivent pas, il est facile de s’endetter. Si vous avez besoin d’aide pour gérer vos dettes, notre équipe d’experts peut vous offrir une consultation gratuite.