Les demandes de pourboire sont partout, et les montants suggérés par défaut à l’écran sont de plus en plus élevés. Cette hausse des suggestions de pourboire par défaut a commencé à influencer le comportement de la clientèle de bien des façons.
La coutume du pourboire a commencé aux États-Unis pendant la Prohibition, des années 1920 au début des années 1930. La Prohibition a durement touché l’industrie de la restauration, et les gens ont commencé à laisser des pourboires pour atténuer une partie des difficultés financières des restaurants et de leurs employés. À partir de là, le pourboire s’est répandu partout aux États-Unis, puis au Canada, et la tendance ne s’est jamais arrêtée depuis!
L’idée de départ du pourboire était louable et a aidé beaucoup de gens, mais la culture actuelle du pourboire commence plutôt à nuire aux consommateurs. Une étude de l’Institut Angus Reid montre que 78 % des Canadiens estiment que le pourboire ne fonctionne plus comme prévu, et que 73 % y voient une façon pour les employeurs de sous-payer leurs employés. Au Canada, le pourboire ne concerne plus seulement la restauration ou le salaire décent : c’est devenu une attente qui pèse lourd sur les Canadiens.
Qu’est-ce qui a changé dans la culture du pourboire?
Depuis le début de la pandémie, la culture du pourboire prend de l’ampleur, lentement mais sûrement. Pendant la pandémie, les gens voulaient s’entraider. Ce désir s’est naturellement étendu aux personnes qui travaillaient dans le secteur des services, puisque bon nombre d’entre elles étaient considérées comme des travailleurs essentiels. Par compassion, les gens étaient plus enclins à laisser de généreux pourboires.
À cela s’ajoutait le fait que les gens avaient plus de revenu disponible. Comme ils restaient plus souvent à la maison, ils avaient plus d’argent à dépenser à leur guise. Bon nombre ont choisi de le redistribuer sous forme de pourboires ou d’autres gestes de générosité.
Les droits de la personne et les effets sur le personnel de service
Depuis longtemps, le pourboire sert à compléter le salaire des travailleurs de la restauration. Avec les pourboires, c’est la clientèle qui doit s’assurer que le personnel de service gagne un salaire décent. Cela crée un déséquilibre de pouvoir entre la clientèle et le personnel de service, qui peut mener à des conditions de travail précaires en raison du harcèlement sexuel.
Dans l’ensemble, l’industrie de la restauration fait face à de nombreux problèmes liés à la précarité du travail. Bien des établissements offrent des horaires instables, de faibles salaires et aucun congé de maladie payé, et il existe dans l’industrie un déséquilibre de pouvoir entre les propriétaires et le personnel. Une baisse des pourboires voudrait dire plus de problèmes financiers et de santé mentale pour le personnel. Beaucoup oublient que le pourboire laissé par la clientèle ne va pas uniquement au personnel de service. Celui-ci doit partager ses pourboires avec le personnel de cuisine. Autrement dit, les pourboires sont mis en commun et répartis entre les autres employés. Heureusement, dans la plupart des provinces canadiennes, le personnel de service gagne au moins le salaire minimum provincial général, ce qui lui assure plus de sécurité et de stabilité financière. Les pourboires sont donc désormais plutôt un « boni » qui aide l’ensemble du personnel à s’approcher d’un salaire décent.
Quelle est la bonne règle de pourboire aujourd’hui?
À une certaine époque, un pourboire de 15 % était considéré comme la norme, mais cette époque semble de plus en plus lointaine. Aujourd’hui, 15 % est rapidement devenu le pourcentage minimum. Certains terminaux de paiement suggèrent maintenant des pourboires à partir de 18 %. Certains vont même jusqu’à 30 % ou plus.
Naturellement, les gens ressentent de la pression et commencent à se demander quel montant serait approprié. Pour mettre les choses en contexte, le salaire minimum en Ontario est actuellement de 16,55 $ l’heure et devrait passer à 17,20 $ l’heure en octobre 2024. Contrairement à avant, quand il existait un salaire minimum distinct pour le personnel de service, cette hausse s’applique au personnel de service et de bar. Cette ancienne pratique a été abolie en Ontario en 2022. Maintenant, tout le personnel de service en Ontario gagne au moins le salaire minimum provincial.
Puisque le personnel de service gagne maintenant le salaire minimum, bien des gens se demandent pourquoi on s’attend à ce qu’ils laissent en plus un pourboire d’au moins 18 %. Si le personnel de service est légalement assuré de gagner un salaire décent, la clientèle peut avoir l’impression que les pourcentages élevés ne font que vider davantage ses propres poches.
Jusqu’à maintenant, la plupart des endroits s’attendaient à un minimum de 15 %, mais cette norme est passée à 18 % dans bien des endroits. Tenez-vous-en à cette règle si vous voulez suivre les pratiques actuelles en matière de pourboire. Cela dit, ne cédez pas à la pression de laisser un pourcentage plus élevé, surtout si vous n’en avez pas les moyens. Dans ce cas, il vaut mieux respecter votre budget.
Qu’est-ce que la lassitude face au pourboire?
Récemment, des études se sont penchées sur l’expérience des consommateurs canadiens en matière de pourboire. Bien des Canadiens disent se sentir poussés ou obligés par des suggestions de pourboire de plus en plus élevées. Ils finissent par laisser plus qu’ils ne le voulaient ou, pire, plus qu’ils n’en ont les moyens.
Bon nombre des personnes sondées estiment que le pourboire ne sert plus à remercier quelqu’un pour un bon service. Elles pensent plutôt que c’est simplement une attente à laquelle elles se sentent forcées de répondre. En fait, selon l’étude de l’Institut Angus Reid, 83 % trouvent que trop d’endroits demandent des pourboires de nos jours.
Le nombre de demandes, dans tant d’endroits différents, a mené à une véritable lassitude face au pourboire. À tel point que 42 % des répondants disent sortir moins qu’avant à cause du coût supplémentaire des pourboires. Ajoutez à cela le coût de la vie élevé, les loyers qui explosent et l’inflation qui grimpe : pas étonnant que les gens renoncent aux achats qu’ils peuvent éviter.
Quand est-ce correct de ne pas laisser de pourboire?
Nous avons tendance à laisser un pourboire par défaut au restaurant, au café et au bar. Comme de nouveaux commerces ajoutent des demandes de pourboire à leurs terminaux de paiement, de nouveaux doutes sont apparus quant aux endroits où il faut en laisser. Par exemple, acheter un repas dans un restaurant-minute ou prendre un café pour emporter était autrefois une transaction toute simple. Pourtant, les terminaux de paiement de ces endroits ont eux aussi commencé à suggérer un pourboire. Bien des gens ne savent plus quoi faire. Nous ne connaissons pas vraiment l’étiquette du pourboire pour ces endroits. Souvent, les gens choisissent quand même de ne pas en laisser, surtout dans des endroits comme les boutiques de cadeaux, les dépanneurs ou les nettoyeurs. Même si l’usage ne veut pas qu’on laisse un pourboire dans ces endroits, bien des gens se sentent quand même coupables de ne pas le faire.
En dehors de ces situations, certaines personnes estiment que les pourboires plus élevés devraient rester ce qu’ils étaient au départ : une récompense pour un bon service. Cette approche enlève la pression des calculs, mais on pourrait quand même s’attendre à un pourboire standard, peu importe la qualité du service.
Il faut aussi penser aux personnes qui gagnent le salaire minimum dans des secteurs où il n’y a pas de pourboires. Elles pourraient avoir du mal à laisser de gros pourboires dans toutes ces situations. Si votre budget est serré ou si vous essayez de rembourser vos dettes, c’est correct de laisser le pourboire que vous pouvez vous permettre, sans culpabilité.
Combien devrais-je laisser de pourboire?
D’une certaine façon, le coût des pourboires a maintenant augmenté sur trois fronts :
- L’inflation fait grimper le prix des biens. Par conséquent, elle fait aussi augmenter le montant des pourboires, puisque ceux-ci sont calculés en pourcentage du coût total.
Si votre facture était de 50 $ et que vous laissiez 15 %, votre pourboire était de 7,50 $.
Si votre facture passe à 60 $ à cause de l’inflation, vous devez maintenant laisser 9 $ pour le même 15 %. Et ça s’ajoute aux 10 $ de plus que vous payez déjà à cause de l’inflation. - Les suggestions de pourboire plus élevées ont fait grimper les attentes minimales à 18 %, et elles vont même jusqu’à 30 % ou plus. Cela crée une attente, et la clientèle se sent obligée de choisir cette option.
- Bien des terminaux de paiement calculent le pourboire sur le montant après taxes, y compris les autres frais ou coûts supplémentaires. Essentiellement, ces appareils calculent votre pourboire en pourcentage de la facture finale, ce qui rompt avec la tradition. Autrefois, on calculait le pourboire sur le montant avant taxes, et les taxes et frais s’ajoutaient ensuite.
- Toutes ces différences de coût, même petites et graduelles, s’additionnent rapidement.
Recommandations
Avec tous ces changements dans les attentes, il peut être difficile de savoir quel pourcentage laisser. Voici quelques recommandations, mais rappelez-vous : ne laissez pas la pression vous pousser à donner plus que vos moyens le permettent. Si des pourboires plus élevés vous font dépenser plus que ce que prévoit votre budget, laissez ce que vous pouvez vous permettre. Ce ne sont que des lignes directrices, pas une obligation, surtout si cela risque de nuire à vos finances.
- Restaurants et bars : on s’attend à 15 %, et plus pour un bon service
- Repas pour emporter au restaurant : on s’attend à 15 %
- Livraison d’épicerie : on s’attend à 5 $
- Livraison de repas (Uber Eats, DoorDash et autres) : on s’attend à 5 $
- Uber, Lyft et taxis : on s’attend à un pourboire de 10 à 15 %
- Coiffure, barbier et massage : l’usage est de 10 à 15 %
- Dans bien d’autres endroits, comme un café ou un dépanneur, le pourboire est facultatif, selon le service.
Quel avenir pour le pourboire?
Certains restaurants au Canada renoncent maintenant au pourboire. Ils prennent eux-mêmes la responsabilité d’assurer un salaire décent à leurs employés. Certains choisissent d’inclure des frais de service dans le prix des plats, ce qui élimine le besoin de laisser un pourboire après coup. Leur objectif est de bien rémunérer leur personnel sans compter sur la clientèle pour payer les salaires. C’est une excellente approche, surtout que les règles canadiennes sur le salaire minimum s’appliquent maintenant aux travailleurs de la restauration. Comme ces restaurants versent maintenant un salaire décent à leurs employés, tout le monde y gagne.
Ces restaurants sont encore minoritaires, mais l’approche semble gagner du terrain. Selon les réponses au sondage de l’Institut Angus Reid, beaucoup plus de gens sont maintenant favorables à un modèle « service compris » qu’il y a à peine quelques années.
Source : Institut Angus Reid
Se faire demander un pourboire partout finit par peser lourd. La lassitude face au pourboire est bel et bien installée. Pourtant, les terminaux de paiement ne montrent aucun signe de ralentissement. C’est pourquoi les bonnes vieilles méthodes, comme le pot à pourboires, reviennent à la mode.
Pour éviter la pression, bien des gens ont commencé à payer en argent comptant plutôt que par carte. Ils évitent ainsi la culpabilité de voir des suggestions de pourboire qu’ils n’ont peut-être pas les moyens de laisser. Payer comptant est aussi une bonne façon de respecter votre budget, peu importe ce que ça change pour les pourboires.