Le refinancement hypothécaire est compliqué même dans les meilleures circonstances, alors imaginez quand s’ajoutent des complications, comme des finances familiales entremêlées. Sean Cooper, spécialiste en prêts hypothécaires, aide notre lectrice Heather à comprendre ses options pour se retirer d’un prêt hypothécaire qu’elle a contracté avec sa famille.
La question
Je suis coincée et je ne sais pas quoi faire. Il y a quelques années, ma fratrie et moi avons accepté d’ajouter nos noms au prêt hypothécaire de ma mère. Ses finances avaient complètement déraillé et elle avait besoin d’aide pour garder la maison.
Merci,
Jusqu’ici, tout s’est bien passé. Mais les choses ont changé. Mon mari et moi prévoyons acheter notre propre maison bientôt. Avoir un autre prêt hypothécaire sur les bras nuirait sans aucun doute à nos démarches. Comme le renouvellement du prêt hypothécaire de la maison de ma mère approche, j’ai dit à ma famille que je voulais retirer mon nom du prêt et j’ai expliqué pourquoi. Avec le marché actuel et le fait que j’ai le revenu le plus élevé de nous tous, la nouvelle n’a pas été bien reçue. À tel point que la situation a pris une tournure plutôt désagréable, avec des menaces de faire chuter ma cote de crédit, entre autres.
Que dois-je faire? Ils refusent l’idée de vendre.
Peuvent-ils vraiment nuire à mon crédit? Et s’ils ne refinancent pas et ne vendent pas?
Heather, J.
La réponse
D’abord : vous n’êtes pas seule
Heather, votre situation est plus courante que vous le pensez. Les familles se serrent souvent les coudes en période de stress financier, et cosigner ou se joindre à un prêt hypothécaire peut sembler la bonne chose à faire sur le moment. Quand la vie change (par exemple, quand vous prévoyez acheter votre propre maison), ce qui était une bonne idée peut compliquer les choses.
Ajouter votre nom à un prêt hypothécaire veut dire que vous êtes légalement liée à ce prêt, que vous habitiez la maison ou non. Ça s’accompagne de grandes responsabilités et, oui, ça a un effet sur votre cote de crédit, sur votre capacité à être admissible à un autre prêt hypothécaire et même sur vos liquidités à l’avenir.
La bonne nouvelle? Vous pouvez trouver une porte de sortie, mais ça demande de la patience, de la stratégie et quelques conversations difficiles.
Votre famille peut-elle nuire à votre crédit?
Mettons les choses au clair tout de suite : votre fratrie ne peut pas détruire directement votre crédit. Seuls des paiements hypothécaires en retard ou manqués pourraient le faire, et comme votre nom figure sur le prêt, le prêteur déclarera aussi ces retards dans votre dossier.
C’est là le vrai risque. Si votre famille ne suit pas les paiements mensuels, votre cote de crédit en souffrira. Quand vous ferez votre propre demande de prêt hypothécaire, les prêteurs examineront de près l’ensemble de vos dettes, y compris votre part de la maison de votre mère.
C’est pourquoi il est judicieux d’agir maintenant, avant la date de renouvellement du prêt hypothécaire.
Pourquoi le renouvellement est un moment décisif
À la fin d’un terme hypothécaire, vous arrivez à la croisée des chemins. Le prêteur proposera de nouveaux taux (habituellement fondés sur les taux hypothécaires du moment) et de nouvelles conditions. C’est le renouvellement hypothécaire.
À cette étape, le prêteur examine le dossier de toutes les personnes inscrites sur le prêt. Si vous voulez retirer votre nom, c’est souvent le moment le plus simple pour le faire. Mais il y a un hic : votre mère (et les membres de votre fratrie inscrits sur le prêt) devront refinancer le prêt hypothécaire à leur seul nom.
Le prêteur vérifiera donc de nouveau leurs revenus, leurs cotes de crédit et leur niveau d’endettement. Si c’est votre revenu qui a permis l’approbation initiale, ils pourraient avoir du mal à être admissibles sans vous.
Pourquoi votre rêve d’accession à la propriété est menacé
Au Canada, les prêteurs utilisent le test de résistance hypothécaire pour vérifier si vous pourriez faire vos paiements si les taux d’intérêt augmentaient. Quand vous avez déjà un prêt hypothécaire, votre marge pour en contracter un autre diminue. Même si ce n’est pas vous qui le payez, la banque en tient compte dans votre dossier.
C’est pourquoi rester sur le prêt hypothécaire de votre mère pourrait vous empêcher d’acheter votre propre maison. Ça limite aussi vos liquidités, puisque les prêteurs vous considèrent comme financièrement serrée, même si ce n’est pas l’impression que vous donnent vos dépenses au quotidien.
Vos options pour retirer votre nom
Voyons les avenues réalistes :
Le refinancement hypothécaire
La principale façon de retirer votre nom, c’est le refinancement hypothécaire. Votre mère (et les membres de votre fratrie qui restent sur le prêt) demanderaient un nouveau prêt hypothécaire sans vous. S’il est approuvé, l’ancien prêt est remboursé et vous êtes libérée.
Ça pourrait entraîner des frais de clôture, peut-être une pénalité pour remboursement anticipé et possiblement des taux d’intérêt plus élevés si son crédit n’est pas solide. Mais ça vous libérerait de votre engagement.
Vendre la maison
Ce n’est pas populaire aux yeux de votre famille, mais vendre est la solution la plus nette. Le prêt hypothécaire est remboursé à même la valeur de la maison, et la valeur nette restante est partagée. Tout le monde repart à zéro.
Si les émotions sont vives, rappelez à votre famille que vendre, ce n’est pas « abandonner » : c’est une question de liberté financière. Une maison devrait soutenir votre vie, pas vous y enfermer.
La consolidation de dettes ou la marge de crédit hypothécaire
Si votre mère a une valeur nette intéressante dans sa maison, une autre avenue pourrait être une marge de crédit hypothécaire ou un prêt de consolidation de dettes. En puisant dans cette valeur nette, elle pourrait consolider ses dettes (comme ses dettes de carte de crédit) et renforcer ses finances. Le refinancement serait alors plus facile et dépendrait moins de votre revenu.
L’aide professionnelle
C’est là qu’un bon courtier hypothécaire entre en jeu. Il peut chercher un prêteur prêt à accepter votre mère seule, ou avec un autre cosignataire que vous. Les courtiers peuvent comparer les soumissions de prêts hypothécaires, examiner les options à taux variable ou proposer un taux fixe adapté au budget de votre mère.
Et s’ils refusent?
Si votre famille refuse de refinancer ou de vendre, vous êtes coincée, du moins pour l’instant. Vous ne pouvez pas forcer un prêteur à retirer votre nom sans son approbation. Malheureusement, vous ne pouvez pas simplement vous en laver les mains, puisque vous êtes légalement liée au prêt.
Cela dit, voici ce que vous pouvez faire :
- Conservez une trace de toutes vos communications.
- Assurez-vous que les paiements sont toujours faits à temps.
- Continuez de discuter de vos options avec le prêteur.
Si les paiements commencent à accuser du retard, vous pourriez avoir besoin de conseils juridiques. N’oubliez pas : protéger votre cote de crédit maintenant vous fera économiser des milliers de dollars plus tard, quand vous demanderez votre propre prêt hypothécaire.
Préparer l’achat de votre propre maison
En attendant, préparez l’achat de votre propre maison :
- Vérifiez votre cote de crédit régulièrement.
- Remboursez vos cartes de crédit et vos autres dettes pour améliorer votre ratio d’endettement.
- Économisez pour les frais de clôture, l’assurance et les autres dépenses cachées liées à la propriété.
- Comparez les options à taux fixe et à taux variable quand vous magasinez.
- Renseignez-vous sur la période d’amortissement qui convient le mieux à votre budget futur.
Le mot de la fin
La colère de votre famille vient de la peur. Ils savent que perdre votre revenu pourrait compliquer le refinancement. Vous n’êtes pas égoïste de vouloir vivre votre propre vie. Vous avez déjà aidé, et il est maintenant temps de prendre du recul.
Votre fratrie ne peut pas ruiner votre crédit avec des mots. Ce qui compte, c’est que les paiements hypothécaires soient faits à temps. Protéger votre avenir veut dire fixer des limites claires dès maintenant, même si c’est inconfortable.
Les prochaines étapes? Insistez pour un refinancement au renouvellement, faites appel à un courtier hypothécaire et rappelez à tout le monde que la maison est un actif financier, pas un fardeau éternel. D’une façon ou d’une autre, il existe un moyen de retirer votre nom et de vous ouvrir la porte de votre propre maison.
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