Nous voilà déjà en février, ce qui veut dire que tous les blogues de finances au Canada parlent de la saison des REER. Les REER sont un outil de placement extraordinairement puissant. C’est pourquoi les banques vous disent que si vous n’avez pas l’argent pour cotiser, il est logique de contracter un prêt REER.
L’argument de vente est plutôt simple : vous obtiendrez un remboursement d’impôt sur chaque dollar que vous cotisez à votre REER. Ainsi, chaque dollar que vous empruntez servira non seulement à votre épargne-retraite, mais vous en récupérerez aussi une bonne partie en argent comptant!
Cette stratégie pose quelques problèmes. D’abord, ce remboursement est basé sur votre taux d’imposition final, et non sur votre taux d’imposition marginal. Si votre salaire vous place dans une tranche d’imposition de 40 %, n’oubliez pas que toute cotisation à votre REER (ainsi que toutes vos autres déductions) réduit votre revenu imposable. Donc, si vous cotisez 5 000 $ à votre REER pendant l’année, vous vous attendez peut-être à un remboursement de 2 000 $ (40 % de 5 000 $). Mais en cotisant ces 5 000 $, vous passerez probablement à une tranche d’imposition inférieure (plus près de 35 % que de 40 %), ce qui veut dire que votre remboursement pourrait finalement être de 1 750 $ (35 % de 5 000 $).
Maintenant que vous comprenez le calcul, il faut se demander s’il est logique de contracter un de ces prêts.
Le point essentiel, c’est que puisque vous ne récupérez qu’une partie du prêt avec votre remboursement, vous devrez quand même rembourser le solde. Si vous empruntez 10 000 $ au moyen d’un prêt REER et que vous en récupérez 35 %, vous devez encore 6 500 $ à la banque. Le reste de votre remboursement d’impôt pourrait en couvrir une partie, mais vous vous endettez quand même pour investir.
Le personnel des banques vous dira qu’investir davantage dans votre REER à long terme vous assurera une meilleure retraite, mais il passera commodément sous silence les coûts à long terme du prêt que vous devez contracter pour y arriver. Utiliser les intérêts composés pour bâtir votre retraite, c’est excellent, mais rembourser un prêt dont les intérêts sont composés n’est certainement pas dans votre intérêt.
Quand est-il logique de contracter un prêt REER?
La seule façon « sûre » de contracter un prêt REER, c’est si le remboursement total que vous recevrez permet de rembourser la totalité du prêt.
Voici une formule pratique pour calculer le montant du prêt :
Prêt REER = (Votre propre cotisation au REER x Taux d’imposition) / (1 − Taux d’imposition)
Le plus difficile, c’est de déterminer votre taux d’imposition réel après vos déductions. Voici un exemple :
Prêt REER = 10 000 $ x 0,35 / (1 − 0,35) = 5 385 $
Cela signifie que si VOUS cotisez 10 000 $ à votre REER, puis que vous contractez un prêt de 5 385 $, votre remboursement d’impôt devrait être de ces mêmes 5 385 $ (15 385 $ x 0,35), que vous pourrez utiliser pour rembourser le prêt immédiatement.
Vous paierez un petit montant en intérêts, mais vous obtenez en fait 5 385 $ gratuitement.
Encore une fois, il est absolument essentiel de connaître votre taux d’imposition final avant de faire ce calcul.