L’endettement des ménages canadiens est de nouveau sous les projecteurs. Le ratio d’endettement des ménages se dirige vers un sommet record.
Dans cet article, nous verrons ce qui alimente la hausse de l’endettement des ménages et ce que cela signifie pour les ménages canadiens. Après votre lecture, vous comprendrez mieux le ratio d’endettement des ménages et les autres mesures de l’endettement que le gouvernement et les organismes gouvernementaux utilisent pour évaluer la santé globale de l’économie canadienne.
L’endettement des ménages augmente au premier trimestre de 2020
Le ratio d’endettement des ménages est de nouveau en hausse. Ce ratio est une mesure importante qui indique le niveau d’endettement de la famille canadienne moyenne.
Selon Statistique Canada, le ratio de la dette au revenu disponible des ménages a atteint 176,9 % au premier trimestre, comparativement à 175,6 % au trimestre précédent.
« Cela signifie qu’en moyenne, les Canadiens avaient 1,77 $ de dette pour chaque dollar de revenu disponible », explique
Sean Cooper, qui a signé le livre à succès Burn Your Mortgage.
« La tendance est votre amie », dit l’adage, mais pas dans ce cas-ci. Un ratio d’endettement des ménages plus élevé indique que les familles canadiennes s’endettent davantage, une tendance inquiétante en pleine pandémie mondiale.
Le ratio d’endettement des ménages a atteint un sommet historique à la fin de 2017. Il avait alors culminé à 178 %. Il a suivi une tendance à la baisse depuis, même si, comme nous l’avons mentionné, il remonte ces derniers temps.
Le rôle du coronavirus
La pandémie de coronavirus est en partie responsable de la hausse de l’endettement des ménages. Comme de nombreuses familles ont vu leur revenu interrompu, le ratio d’endettement des ménages pourrait augmenter parce que les familles gagnent moins d’argent, s’endettent davantage, ou les deux.
« Si vous avez du mal à payer votre prêt hypothécaire, vous pourriez utiliser une marge de crédit non garantie pour vous en sortir, même si ce n’est pas conseillé », fait remarquer Cooper.
Les ménages à faible revenu sont parmi ceux qui ont connu les plus fortes hausses de leur endettement. Statistique Canada a constaté que les ménages ayant les revenus les plus bas avaient tendance à afficher un ratio d’endettement plus élevé que les ménages plus aisés.
Mais l’endettement des ménages canadiens n’a rien de nouveau. C’était une source d’inquiétude pour le gouvernement canadien et les décideurs bien avant la pandémie, et cela demeure une vulnérabilité clé pour notre économie.
Le pire pourrait être à l’horizon à moyen et à long terme, mais nous pourrions en fait voir le ratio d’endettement des ménages baisser à court terme. Encore une fois, c’est en raison du coronavirus.
Des programmes gouvernementaux comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU) aident à soutenir le revenu des ménages canadiens.
Les dépenses de consommation
Pendant ce temps, les dépenses de consommation, qui alimentaient une bonne partie de cet endettement, ralentissent. C’est compréhensible. Le gouvernement nous encourage à ne dépenser que pour les produits de première nécessité. En ce moment, alors que bien des Canadiens voyageraient normalement à l’étranger pour leurs vacances d’été, on nous encourage fortement à voyager dans notre propre province.
Cependant, j’ai le regret de vous dire que la tendance à la baisse du ratio d’endettement des ménages ne devrait probablement pas se poursuivre.
« Le ralentissement économique a eu une incidence majeure sur le revenu des ménages. Des millions de Canadiens ont perdu leur emploi. Cela va certainement nuire à la croissance des revenus au cours des prochains mois », fait remarquer Cooper.
Si l’on ajoute à cela la tentation des taux bas, qui incite plus de Canadiens à emprunter, il est fort probable que le ratio d’endettement des ménages atteigne un sommet historique à un moment donné en 2020, peut-être au troisième ou au quatrième trimestre. Les Canadiens se retrouveraient alors avec encore plus de dettes à gérer en pleine récession.
Les ménages canadiens doivent 2 300 milliards de dollars
Pour mieux comprendre les chiffres sur l’endettement, il est utile d’aller encore plus loin dans le détail.
En données désaisonnalisées, les emprunts totaux sur le marché du crédit ont augmenté de 1,9 milliard de dollars pour atteindre 27,6 milliards de dollars au premier trimestre. Pendant ce temps, les Canadiens n’en ont jamais assez de l’immobilier. Les emprunts hypothécaires ont augmenté encore plus, soit de 3,8 milliards de dollars, pour atteindre 23,1 milliards de dollars. Quant aux autres dettes, le crédit à la consommation et les prêts non hypothécaires ont en fait diminué, reculant de 1,9 milliard de dollars pour s’établir à 4,5 milliards de dollars.
À l’échelle globale, le portrait est semblable. À la fin du trimestre, les Canadiens devaient 2 330 milliards de dollars au total. Cela comprend 1 530 milliards de dollars en dette hypothécaire et 802,1 milliards de dollars en crédit à la consommation et en prêts non hypothécaires.
Le ratio du service de la dette des ménages en baisse
Nous avons beaucoup parlé du ratio d’endettement des ménages dans cet article. Ajoutons un autre ratio à l’équation : le ratio du service de la dette des ménages.
Si vous ne le connaissez pas, le ratio du service de la dette des ménages correspond au total des paiements obligatoires de capital et d’intérêts sur la dette sur le marché du crédit, en proportion du revenu disponible des ménages. Ce ratio est passé de 14,81 % à 14,67 %.
« Même si le ratio d’endettement des ménages est peut-être près d’un sommet record, une bonne nouvelle ressort des plus récents chiffres de Statistique Canada : le ratio du service de la dette des ménages est en baisse. C’est la première fois en deux ans que ça se produit », souligne Cooper.
Cette baisse s’explique par le recul des taux d’intérêt sur toute la ligne, des prêts hypothécaires aux prêts personnels, en raison de la pandémie de coronavirus. La COVID-19 a fait baisser les coûts d’emprunt pour les Canadiens endettés.
Des mesures temporaires, comme la possibilité de reporter les paiements obligatoires de prêt hypothécaire et de carte de crédit, ont aussi contribué à faire baisser le ratio du service de la dette des ménages.
L’endettement des ménages a aussi augmenté en 2019
La situation était semblable au Canada en 2019. Le ratio d’endettement des ménages a continué de grimper l’an dernier.
Selon Statistique Canada, pour chaque dollar de revenu disponible, les Canadiens devaient en moyenne 1,74 $ en dette sur le marché du crédit. C’est légèrement plus que les 1,73 $ de dette pour chaque dollar de revenu disponible au premier trimestre de 2019.
C’est un thème récurrent : la Banque du Canada continue d’exprimer son inquiétude face à la hausse de l’endettement des ménages. Elle répète ce message depuis longtemps.
« Cependant, comme rien n’indique que les taux d’intérêt vont augmenter de sitôt, les ménages canadiens tiendront-ils compte de cet avertissement? C’est la question à un million de dollars », affirme Cooper.
Les décideurs trouveront sans doute une façon de présenter ces chiffres sous un jour favorable. Toutefois, cela ne change rien au fait que l’endettement des ménages demeure en tête de liste des sujets de préoccupation pour l’économie canadienne.
Il est risqué de faire preuve de complaisance face à l’endettement des ménages. Si les taux d’intérêt augmentent au cours des prochaines années, les Canadiens pourraient avoir un réveil brutal. En vous attaquant à vos dettes pendant que les taux sont bas, non seulement vous n’aurez pas à vous inquiéter d’une éventuelle hausse des taux, mais vous économiserez aussi en intérêts. Quand les taux sont bas, une plus grande part de votre argent sert à rembourser le capital.
Le deuxième trimestre
Les chiffres désaisonnalisés sur l’endettement au deuxième trimestre racontent une histoire semblable.
Les emprunts totaux sur le marché du crédit ont atteint 23,5 milliards de dollars, contre 18,9 milliards de dollars au premier trimestre de 2019. Cela comprend 14,8 milliards de dollars en emprunts hypothécaires au cours du trimestre, contre 13,1 milliards de dollars au premier trimestre.
Pendant ce temps, le ratio du service de la dette des ménages a légèrement augmenté, pour atteindre 14,93 % au deuxième trimestre.
« La vigueur du marché immobilier peut expliquer la croissance continue de la dette hypothécaire. Des taux hypothécaires près de leurs creux historiques continuent d’alimenter le marché de l’habitation », explique Cooper.
Comme les rendements des obligations du gouvernement du Canada sont poussés encore plus bas par la COVID, attendez-vous à ce que l’intérêt pour le marché immobilier se maintienne.
Le mot de la fin
Le ratio d’endettement de votre ménage est-il en hausse? Prévoyez-vous avoir de la difficulté à suivre le rythme de vos dettes au cours des prochains mois? Nos bureaux vous aideront à vous attaquer à vos dettes et à en reprendre le contrôle une fois pour toutes.