La santé financière du Nunavut
Le salaire minimum le plus élevé au Canada, face au taux d’insécurité alimentaire le plus élevé au pays
Le Nunavut offre le meilleur salaire minimum au pays, a atteint la cible nationale des services de garde à 10 $ par jour avant toutes les autres provinces et tous les autres territoires, et dispose de sa propre version, plus généreuse, de l’Allocation canadienne pour les travailleurs. C’est aussi là qu’on trouve le taux d’insécurité alimentaire le plus élevé jamais enregistré dans cet ensemble de données, un marché locatif tellement façonné par les logements subventionnés pour le personnel que son indicateur de « fardeau du loyer » se lit à l’envers, et un taux d’accès à Internet haute vitesse que la méthodologie même de Statistique Canada rend presque vide de sens sans explication. Le Nunavut n’est pas une version petite et tranquille d’une province : c’est un territoire de 25 collectivités, accessibles par avion et reliées par satellite, où l’économie fonctionne autrement et où les décisions d’une poignée de sociétés minières peuvent faire bouger tout le marché du travail du territoire. Cette page raconte cette histoire avec les vrais chiffres, y compris ceux qui ont besoin d’une deuxième phrase pour prendre tout leur sens.
En bref
- 20,17 $/hSalaire minimumen vigueur le 1er septembre 2026, le plus élevé au Canada
- 56,4 %Taux d’insécurité alimentaire total2025, le taux le plus élevé de cet ensemble de données
- 18 390Employés salariésjuin 2026, taux de postes vacants non mesuré à ce niveau géographique
- 0 %Accès mesuré à Internet haute vitessefin 2024, un artefact méthodologique, pas une véritable panne
- 44,5 %Taux marginal d’imposition combiné maximal2026, le plus bas au Canada
Pourquoi l’économie du Nunavut exerce une pression sur sa population
Une économie de ressources en pleine transformation
Deux des plus grandes exploitations minières du Nunavut ont pris des directions opposées à quelques jours d’intervalle, à la mi-2026. Le 19 mai, Agnico Eagle Mines a approuvé un réaménagement de 2,4 milliards de dollars américains de son projet aurifère Hope Bay, qui vise une première production en 2030 et prévoit plus de 2 000 emplois directs et indirects (environ 800 pendant la construction). Pourtant, l’emploi inuit ne représente actuellement qu’environ 11 % de l’effectif d’Agnico au Nunavut, un écart entre l’endroit où se trouvent les emplois et les personnes qui les occupent. Quatre jours plus tôt, le 15 mai, Baffinland Iron Mines s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), invoquant une dette de 2,6 milliards de dollars et mettant environ 2 500 emplois en péril; un prêt d’urgence de 153 millions de dollars d’Exportation et développement Canada, en juin, a permis à la mine de poursuivre ses activités. L’économie du Nunavut est inhabituellement concentrée dans une poignée de grandes mines, et les retombées de cette concentration ne profitent pas encore à la main-d’œuvre inuite en proportion de sa part de la population du territoire (niveau de confiance : moyen, selon des reportages de la presse spécialisée qui citent des statistiques gouvernementales et de l’industrie, et non un ensemble de données gouvernementales vérifié de façon indépendante).
Les postes vacants ne sont pas mesurés ici, mais l’emploi salarié l’est
- 18 390Employés salariésjuin 2026
L’Enquête sur les postes vacants et les salaires de Statistique Canada publie le nombre d’employés salariés au Nunavut, mais pas le nombre de postes vacants ni le taux de postes vacants : cette donnée est supprimée ou tout simplement pas recueillie pour les territoires à ce niveau géographique, la même limite qui s’applique au Yukon et aux Territoires du Nord-Ouest.
Impôts : le taux maximal le plus bas au Canada
- 44,5 %Taux marginal d’imposition combiné maximal33 % au fédéral + 11,5 % au Nunavut, sur le revenu supérieur à 181 439 $; le plus bas au Canada
- TPS seulement, 5 %Taxe de venteaucune taxe de vente territoriale
Au Canada, l’impôt foncier est fixé et perçu par les municipalités, et non par les provinces ou les territoires : il n’existe pas de taux d’impôt foncier unique pour l’ensemble du Nunavut, et les taux réels varient d’une municipalité à l’autre. C’est une différence structurelle par rapport au volet américain de ce projet, où il existe des taux effectifs d’impôt foncier à l’échelle des États qu’on peut présenter directement.
Salaire minimum : le plus élevé au Canada, mais aucune comparaison avec un salaire viable n’existe
- 20,17 $/hSalaire minimumen vigueur le 1er septembre 2026, le plus élevé au Canada
Services de garde : 10 $ par jour, une première au Canada
- 10 $/jourFrais moyens des services de garde réglementéscible atteinte le 1er décembre 2022
Le Nunavut a été le premier gouvernement au Canada à atteindre la cible fédérale des services de garde à 10 $ par jour dans le cadre du système pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, plus de trois ans avant l’échéance nationale finalement fixée à mars 2026 (initialement annoncée pour mars 2024, une date que le Nunavut a devancée de 15 mois). Contrairement à l’Ontario, où le déploiement de ce système demeure vraiment incertain, la situation du Nunavut est simple : le territoire a atteint la cible tôt et l’a maintenue.
Un filet de sécurité plus faible si vous perdez votre emploi, et qui dépend de l’endroit où vous vivez au Nunavut
- 7,1 % de chômageRégion de l’AE : Iqaluit630 heures requises pour être admissible, de 18 à 40 semaines de prestations
- 14,6 % de chômageRégion de l’AE : reste du Nunavut420 heures requises pour être admissible, de 28 à 45 semaines de prestations
- 729 $Prestation hebdomadaire maximale de l’AE (nationale)
Deux régions économiques de l’assurance-emploi couvrent le Nunavut, et elles pourraient difficilement être plus différentes : le taux de chômage régional de 14,6 % dans la région du reste du Nunavut est parmi les plus élevés au pays, en dehors du nord du Manitoba, tandis que le taux de 7,1 % d’Iqaluit exige beaucoup plus d’heures travaillées pour même être admissible aux prestations. La même mise en garde sur la méthode de calcul des taux dans les territoires, mentionnée sur les pages du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, s’applique ici.
Qui ressent la pression
Insécurité alimentaire : le taux le plus élevé de cet ensemble de données
- 56,4 %Taux d’insécurité alimentaire total2025, plus de la moitié des ménages du Nunavut
- 31 %Taux d’insécurité alimentaire grave2025
Le fardeau du loyer semble faible : ce n’est pas une question d’abordabilité, mais de logements pour le personnel
- 5,2 %Locataires consacrant 30 % ou plus de leur revenu au loyerRecensement de 2021, le plus bas des 13 provinces et territoires du Canada, et de loin
Se déplacer : à pied, pas en transport en commun
- 34,8 %Déplacements domicile-travail en voitureRecensement de 2021, 23,5 points sous le taux national de 58,3 %, la plus faible proportion de navetteurs en voiture au Canada
- 0,8 %Transport en communRecensement de 2021, 5,0 points sous le taux national de 5,8 %
- 7,3 %Travail à domicileRecensement de 2021
Les faibles proportions de déplacements en voiture et en transport en commun au Nunavut ne s’expliquent pas par un passage de l’un à l’autre : elles traduisent le fait que la marche est le principal moyen de se déplacer dans la plupart des collectivités du Nunavut, dont la majorité sont petites, sans routes et reliées à aucune autre collectivité par une route.
Accès à Internet haute vitesse : 0 %, c’est un artefact méthodologique, pas une panne générale
- 0 %Accès global mesuré à Internet haute vitessefin 2024
- 0 %Accès mesuré à Internet haute vitesse en milieu ruralfin 2024
Les données des agences d’évaluation du crédit laissent complètement de côté les territoires, mais le taux de plaintes pour fraude du Nunavut est le plus bas au Canada
Les publications trimestrielles actuelles d’Equifax Canada et de TransUnion Canada sur les tendances du crédit (les mêmes rapports cités tout au long de cette page pour les provinces) ne couvrent pas du tout les territoires. Leurs tableaux provinciaux ne portent que sur les 10 provinces, regroupées en « région de l’Est » et « région de l’Ouest »; il n’existe aucune ligne pour le Nunavut qui permettrait de présenter une cote de crédit moyenne, une dette non hypothécaire ou une tendance des retards de paiement. C’est une exclusion structurelle intégrée aux rapports publics de ces agences, et non une lacune de collecte de données propre à cette page, et cela signifie que le Nunavut n’a aucun équivalent des données sur la dette et les retards de paiement citées sur les pages des provinces dans cet ensemble de données.
Une donnée existe bel et bien à l’échelle territoriale : le taux de plaintes pour fraude et vol d’identité déclarées par la police, publié par Statistique Canada. Le Nunavut a enregistré 306,69 plaintes par 100 000 habitants selon les données les plus récentes, le taux le plus bas des 13 provinces et territoires du Canada dans cet ensemble de données, bien en dessous de la situation nationale et nettement sous celui du Yukon (863,54), le plus élevé.
Vos droits et protections juridiques au Nunavut
Prêts sur salaire : aucun régime territorial; le plafond fédéral s’applique par défaut
Le Nunavut n’a pas de loi territoriale sur les prêts sur salaire et n’a pas demandé de désignation en vertu de l’article 347.1 du Code criminel, ce qui a été vérifié directement dans le Règlement fédéral sur le taux d’intérêt criminel (DORS/2024-114). Cela signifie qu’au Nunavut, les prêts sur salaire sont régis uniquement par le plafond général du taux d’intérêt prévu au Code criminel, soit un TAP de 35 % (en vigueur depuis le 1er janvier 2025, en baisse par rapport à 60 %), plutôt que par le régime de permis, le plafond du coût d’emprunt et les limites sur le renouvellement des prêts que des provinces comme l’Ontario ont mis en place précisément pour les prêts sur salaire. Le gouvernement du Nunavut a publié des avis généraux mettant la population en garde contre les prêts sur salaire, mais il s’agit d’une mesure de sensibilisation, et non d’un régime de permis ou de plafonnement des taux conçu pour ce produit.
Congés de maladie payés : aucun, sous aucune forme
La Loi sur les normes du travail du Nunavut ne contient aucune disposition générale sur les congés de maladie : aucun jour de maladie payé, et aucun jour de maladie non payé avec protection de l’emploi non plus. Cela a été vérifié directement dans la table des matières complète et le texte de la Loi. La seule disposition de congé connexe est le congé pour violence familiale (5 jours non payés, plus jusqu’à 15 semaines supplémentaires non payées, plus 5 jours payés), et il ne s’applique qu’aux situations de violence familiale, pas aux maladies en général. Le Nunavut est la seule province ou le seul territoire au Canada où il n’existe aucun droit légal général à un congé de maladie, sous quelque forme que ce soit. Il s’agit d’une constatation réelle et confirmée sur les normes du travail du Nunavut, et non d’une lacune dans les recherches de ce projet.
La fréquence des saisies de salaire est une lacune partout, et le Nunavut ne figure même pas dans le taux national de défaut sur les prêts d’études
Il n’existe aucun équivalent canadien à l’étude américaine d’ADP sur la fréquence des saisies de salaire, fondée sur un panel de paie, ni pour le Nunavut ni pour aucune province ou aucun territoire : l’Enquête sur les programmes d’exécution des ordonnances alimentaires de Statistique Canada publie bien des données actuelles sur les saisies, mais seulement pour les ordonnances de pension alimentaire pour enfants et pour conjoint, et non pour les saisies liées aux dettes de consommation, aux impôts ou aux prêts d’études. C’est une lacune confirmée dans les données, pas un oubli. Le défaut sur les prêts d’études est un autre type de lacune ici (une lacune structurelle, pas seulement un chiffre manquant) : le Nunavut ne participe pas du tout au Programme canadien d’aide financière aux étudiants (PCAFE) fédéral. Il administre son propre programme distinct, Financial Assistance for Nunavut Students (FANS), composé surtout de bourses et de prêts avec remise, et financé par un paiement fédéral de remplacement versé au lieu de la participation au PCAFE. Comme le Nunavut se situe entièrement en dehors du PCAFE, il est exclu du taux national de défaut d’EDSC, et aucun taux de défaut propre au FANS n’est publié dans les sources consultées pour cette page. Le taux national de défaut de 8 % du PCAFE cité sur les pages des provinces dans cet ensemble de données ne s’applique tout simplement pas au Nunavut.
Obtenir de l’aide : désendettement et ressources financières
Le Nunavut est l’une des trois seules administrations au Canada (avec le Québec et l’Alberta) à avoir sa propre version harmonisée de l’Allocation canadienne pour les travailleurs (ACT), demandée au moyen de l’annexe 6 de l’ARC, formulaire 5014-S6, plutôt que de l’annexe 6 fédérale standard qu’utilisent les 10 autres provinces et territoires. La version du Nunavut fixe des seuils de revenu nettement plus élevés à tous les niveaux, ce qui reflète le coût de la vie et les niveaux de salaire plus élevés du territoire.
- 6 000 $Seuil d’entrée du revenu de travailcontre 3 000 $ pour l’ACT fédérale standard
- 1 621 $Prestation maximale, personne seuleéliminée complètement vers 67 357 $ de revenu net rajusté, contre environ 37 742 $ au fédéral
- 2 435 $Prestation maximale, familleéliminée complètement vers 67 365 $, contre environ 49 393 $ au fédéral
- 936 $Supplément pour invalidité (maximum)plus élevé que le montant fédéral par défaut de 843 $
Montants de l’année d’imposition 2025, pour la déclaration produite en 2026. Les montants proviennent directement du formulaire officiel de l’annexe 6 du Nunavut pour 2025 de l’ARC.
Comment le Nunavut se compare
Le Nunavut se situe aux extrêmes pour presque toutes les mesures de cet ensemble de données : le salaire minimum le plus élevé au Canada, le taux marginal d’imposition maximal le plus bas, mais aussi le taux d’insécurité alimentaire le plus élevé que ce projet ait enregistré, où que ce soit.
Sources et méthodologie
- Statistique Canada : Enquête sur les postes vacants et les salaires (EPVS), tableau 14-10-0371-01
- Statistique Canada : Enquête canadienne sur le revenu, insécurité alimentaire (tableau 13-10-0834-01)
- Statistique Canada : Recensement de la population de 2021 (fardeau du loyer, navettage et transport)
- Agnico Eagle Mines Ltd. : communiqué, décision d’investissement pour Hope Bay
- Baffinland Iron Mines Corp. : communiqué, demande de protection contre les créanciers en vertu de la LACC
- Agence du revenu du Canada (ARC) : taux d’imposition, taux de TPS/TVH, annexe 6 de l’Allocation canadienne pour les travailleurs (Nunavut)
- Gouvernement du Canada (EDSC) : taux du salaire minimum, prestations régulières d’assurance-emploi
- Gouvernement du Nunavut : page du programme de services de garde à 10 $ par jour; Loi sur les normes du travail; Utility Rates Review Council; Nunavut Rental Office
- Société d’énergie Qulliq (QEC) : tarifs pour la clientèle
- Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) : Rapport sur le marché des communications, édition 2026 (par l’intermédiaire de Cartt.ca)
- PROOF (Food Insecurity Policy Research, Université de Toronto)
- Gazette du Canada : Règlement sur le taux d’intérêt criminel (DORS/2024-114)
Les données de cette page proviennent de sources gouvernementales canadiennes primaires (Statistique Canada, l’ARC, EDSC, le CRTC ainsi que des organismes de réglementation et ministères territoriaux). Le Nunavut présente deux types distincts de limites qu’il vaut la peine de comprendre différemment. Premièrement, de véritables lacunes structurelles dans les données : plusieurs indicateurs qui existent pour les 10 provinces (chômage, IPC, insolvabilité des consommateurs, revenu médian, prix des maisons, dynamique des entreprises, historique des catastrophes, dette par type, accès aux services bancaires, littératie financière et lois sur les délais de prescription, les exemptions et les permis des agences de recouvrement) ne sont tout simplement pas compilés pour les territoires canadiens dans les sources dont dispose ce projet. Deuxièmement, des données réelles et correctement présentées, mais qui exigent une explication méthodologique pour être bien interprétées : le taux d’accès mesuré de 0 % à Internet haute vitesse au Nunavut reflète l’exclusion du service par satellite de la mesure des installations terrestres du CRTC, et non une véritable panne, et son taux de fardeau du loyer de 5,2 % reflète un marché locatif dominé par les logements subventionnés pour le personnel, et non l’abordabilité du marché.